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Le signe de main Westside : le « W » de la côte Ouest
Deux doigts croisés pour la côte Ouest ou un signe de guerre ? Ce que Tupac disait de ce geste et ce que l'histoire permet d'établir.
Le majeur et l’annulaire croisés de manière à former un « W » avec la main : sur les photos de presse, dans les clips vidéo et sur les scènes de concert des années 1995 et 1996, ce geste apparaissait en permanence. Tupac n’a pas inventé le signe Westside, mais il l’a rendu célèbre comme nul autre. C’est également l’un des symboles les plus connus et les plus mal compris du hip-hop.
Il n’existe aucune chronologie établie quant à la première apparition de ce signe, et son origine reste incomplètement documentée. Il est d’autant plus essentiel de distinguer ce qui peut être historiquement prouvé de ce qui relève de la simple tradition orale.
Pas Westside, mais la guerre : la propre interprétation de Tupac
C’est dans sa dernière grande interview que Tupac a laissé la déclaration la plus claire. Lors de son entretien avec Rob Marriott pour Vibe (publié en novembre 1996), il a expliqué que le « W » formé avec les doigts ne désignait nullement la Californie ou la côte Ouest, mais « War » (voir Last Testament). Cette affirmation nous est transmise par le texte d’archive et son résumé, le numéro imprimé original du magazine n’étant pas directement accessible. Elle a de quoi surprendre, car ce signe est presque universellement interprété comme « West Side ». À l’été 1996, au plus fort de sa rivalité avec Bad Boy, Tupac lui conférait ainsi une signification combative.
Dès le printemps 1996, il avait pourtant évoqué son attachement à la côte Ouest dans l’émission Westside Radio sur KMEL, à San Francisco, en déclarant que la Bay Area avait joué un rôle dans ce qu’il était (voir KMEL, avril 1996).
Aucun symbole de gang : comment la côte Ouest est devenue une marque dès 1992
Le Digital Folklore Archive de l’USC, une collection étudiante de traditions orales, apporte un indice sur son origine. Un informateur californien y a consigné que le signe est apparu à partir de 1992, lorsque le rap a basculé vers les thématiques de gangsters et vers la rupture entre la côte Ouest et la côte Est. Tupac, Dr. Dre, Snoop Dogg et Ice Cube l’auraient utilisé pour afficher leur appartenance à la côte Ouest. Cet informateur souligne également que le signe est souvent confondu avec des signes de gangs : aucun gang ne le revendique, il signifie simplement « West Side », le côté ouest d’une ville, d’un État ou d’une côte. Cela reste une source orale isolée, et non un travail de recherche scientifique, qui sert ici de témoignage d’époque.
Au cours des années 1995 et 1996, « Westside » est devenu définitivement le cœur de la marque. California Love avec Dr. Dre s’est hissé dès décembre 1995 à la 1re place du Hot 100. Death Row se présentait comme le label de la côte Ouest, et le conflit avec Bad Boy était raconté comme une guerre des côtes (voir Est contre Ouest). En octobre 1996, l’album Bow Down du supergroupe Westside Connection réuni autour d’Ice Cube est sorti et a atteint la 2e place du Billboard 200.
L’appel de la patrie d’adoption : entre offre de paix et cap sur la guerre
Sur les disques de Tupac, « Westside » est un cri récurrent. Dans ses interviews de l’année 1996, il se présentait comme un représentant de la côte Ouest, bien qu’il fût originaire de New York. Lors d’un entretien avec VIBE Online, il a qualifié d’absurdité le reproche selon lequel il aurait trahi la côte Est (voir Vibe Online, 1996). Cette tension était inscrite au cœur même de sa biographie : né à Harlem, ayant grandi à Baltimore et à Marin City, il est devenu célèbre à Los Angeles. Ce signe en disait plus long sur sa terre d’adoption que sur ses origines.
Ce même entretien accordé à KMEL en avril 1996 a montré que ce geste pouvait également véhiculer un message de paix. À propos de Bad Boy, Tupac y affirmait : « I’m calling for dialogue. » Il a même suggéré que Bad Boy et Death Row sortent chacun un disque le même jour, le gagnant étant celui qui en vendrait le plus : « I don’t want it to be about violence. I want it to be about money » (Vibe, février 1996). Quelques mois plus tard, le même signe désignait « War ». Le geste demeurait identique, son interprétation évoluait avec l’aggravation de la situation.
Pas un code de gang, mais une dangereuse proximité avec la rue
À Los Angeles, les gangs de rue ont leurs propres signes pour se faire reconnaître. Selon l’informateur des archives de l’USC, le « W » n’en fait pas partie : aucun gang ne le revendique. Cela concorde avec le fait que des rappeurs et des fans d’horizons très divers l’employaient en toute liberté.
Tupac évoluait néanmoins dans un environnement où les symboles avaient un poids mortel. Lors de la rixe au MGM Grand, il a demandé au Crip Orlando Anderson s’il venait du « South », et cette soirée a connu une issue fatale (voir Tupac et les gangs). Cela ne s’applique pas au « W », mais montre à quel point la symbolique et la violence réelle étaient étroitement liées dans ce milieu.
Après la mort de Tupac : du symbole de combat au signe commémoratif
Après la mort de Tupac, le geste est devenu un hommage posthume. Les fans font ce signe en guise de salutation et d’hommage, tandis que Snoop Dogg et Dr. Dre ont porté le leur en 2012 sur la scène du festival Coachella, où une silhouette numérique de Tupac apparaissait à leurs côtés (voir FAQ). Sa signification a profondément changé : l’emblème de combat de 1996 est devenu un hommage adressé à la côte Ouest et à Tupac.
Deux interprétations qui coexistent : « West » ou « War »
Savoir si le « W » signifie « West » ou « War » ne peut être définitivement tranché. Les deux interprétations s’appuient sur des sources : les fans et l’informateur des archives de l’USC penchent pour « West », Tupac pour « War ». Selon le résumé de sa dernière interview, Tupac lui-même soutenait l’interprétation d’une déclaration de guerre, tandis que le grand public adopte presque unanimement la lecture géographique. De nouvelles sources, qu’il s’agisse de séries de photos détaillées ou d’entretiens avec les photographes de l’époque, pourraient combler cette lacune à l’avenir.
L’apparition sur MTV : la logique des côtes à la fois niée et attisée
À quel point Tupac refusait de réduire la situation à un simple conflit entre côte Ouest et côte Est, c’est ce qu’a démontré son passage aux MTV Video Music Awards le 4 septembre 1996 à New York, sa toute dernière grande apparition publique. Interrogé sur Death Row East, il a répondu : « If you believe in God, believe in Death Row East. » Selon lui, quiconque parlait d’une guerre des côtes ne faisait que semer la confusion.
Pourtant, dans le même temps, il attaquait Bad Boy et Nas et annonçait qu’ils venaient à New York pour installer un « nouveau gouvernement ». Death Row East, dont la direction devait revenir à Eric B., n’a jamais vu le jour (voir MTV Music Awards). Le « W » se trouvait ainsi au cœur d’une contradiction : Tupac réfutait la logique des côtes sur le plan rhétorique, tout en continuant à l’attiser avec ce même geste.
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