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Tupac et la politique : Quayle, Dole, violences policières et projets personnels

Du litige avec Dan Quayle à son propre parti : ce que Tupac réclamait en politique, la réaction de Washington et ce qui relève du mythe.

À l’automne 1992, le premier album d’un jeune homme de 21 ans se retrouve au cœur de la campagne présidentielle américaine. Le vice-président des États-Unis réclame publiquement le retrait du disque des magasins : une telle œuvre n’a pas sa place dans la société. Un rappeur qui ne briguait aucun mandat politique et n’avait pas encore enregistré le moindre tube devenait soudain un sujet national. Le rapport de Tupac à la politique n’a pas commencé par ses propres ambitions, mais par la violence avec laquelle les responsables politiques ont réagi à son encontre.

Est documenté ici ce qui peut être historiquement établi. Ses origines issues du mouvement des Black Panthers font l’objet d’une page distincte.

Dix millions de dollars contre la police d’Oakland

Le 17 octobre 1991, des agents de police d’Oakland interpellent Tupac parce qu’il a traversé la rue au feu rouge ; les policiers le soumettent à une prise d’étranglement. Face à Davey D, il annonce une plainte de dix millions de dollars et déclare vouloir utiliser cet argent pour fonder un « Stop Police Brutality Center ».

L’affaire s’est finalement conclue par un accord à l’amiable d’environ 42 000 dollars (voir affaires judiciaires). Pour Tupac, cette procédure apportait la preuve que ses textes sur le quotidien n’étaient pas une invention.

Dan Quayle réclame le retrait de « 2Pacalypse Now »

Le 11 avril 1992, Ronald Ray Howard, âgé de 19 ans, abat le policier d’État Bill Davidson au Texas. Sa défense plaide devant le tribunal qu’il écoutait 2Pacalypse Now. L’affaire tourne en 1993 au débat de fond sur le rap : le Seattle Times écrit alors qu’au Texas, « Rap music on trial along with killer ». Howard a été condamné à mort en juin 1993 et exécuté en 2005.

Sur le terrain politique, le vice-président Dan Quayle s’empare de l’événement. Le 22 septembre 1992, il exige le retrait de l’album du marché. Le disque ne fut ni interdit ni retiré ; le débat lui offrit au contraire sa véritable notoriété (voir Dan Quayle).

La famille de la victime a poursuivi Tupac et Time Warner en dommages-intérêts. En 1997, un tribunal fédéral du Texas a rejeté la plainte : l’album était protégé par la liberté d’expression.

Campagne électorale et tirs à Atlanta : l’accusation de « Cop Killer »

Ce différend s’inscrivait dans un contexte plus large. Dès l’été 1992, le morceau Cop Killer d’Ice-T avait mobilisé les républicains. Bill Clinton, alors candidat à la présidence, prit publiquement ses distances en juin 1992 avec la militante Sister Souljah, qui avait tenu des propos sur le fait de tuer des Blancs après les émeutes de Los Angeles. D’après The New Republic, Clinton a ainsi délibérément renforcé son image auprès de l’électorat blanc.

Tupac devint le nouveau visage de cet affrontement. Rien ne prouve qu’il ait jamais appelé au meurtre de policiers ; le tribunal du Texas a d’ailleurs débouté les proches de la victime. Un incident survenu à Atlanta a toutefois alimenté une méfiance bien réelle : en 1993, Tupac y a tiré sur deux policiers hors service. Les poursuites engagées contre lui ont été abandonnées.

Bob Dole met Time Warner sous pression

En mai 1995, le sénateur républicain Bob Dole s’attaque à Hollywood au gangsta rap. Aux côtés de l’ancien ministre de l’Éducation William Bennett et de la militante des droits civiques C. Delores Tucker, il fait délibérément pression sur Time Warner. Selon le Los Angeles Times, Dole déclare : « shame is a powerful weapon. » À cette période, Tupac était incarcéré.

Time Warner avait déjà cessé la distribution de Cop Killer d’Ice-T en 1992 ; le groupe s’est donc retrouvé une seconde fois face au même dilemme avec Tupac. En septembre 1995, l’entreprise met fin au débat en cédant sa participation dans Interscope, le label avec lequel Tupac était sous contrat.

Son propre parti et des centres de quartier : les projets de Tupac

Les prises de position politiques de Tupac sont disséminées au fil de ses interviews. En août 1992, il affirmait à MTV que quiconque cherchait le succès voulait être comme Trump, « gimme, gimme, gimme » ; personne n’est né indépendant, et « even if you earned it, you still owe ». En février 1996, il confiait à Vibe son intention d’entrer en politique et assurait qu’il soutiendrait un président Colin Powell.

À la fin de l’été 1996, il évoquait la création de son propre parti politique au service de tous les défavorisés et demandait des fonds pour des centres communautaires à chaque album certifié platine. Dans ses échanges avec Davey D et avec le magazine Right On!, il suggérait en outre la création d’un réseau de jeunes hommes chargés d’enrayer la violence au sein de leurs propres quartiers (voir Underground Railroad).

Ce parti n’a jamais vu le jour. Le plan qu’il avait esquissé au tournant des années 1992-1993 lors de son entretien pour Right On! sous le nom de « Thug International », un réseau qui devait fédérer les « thugs dans tout le pays », ne s’est pas plus concrétisé en une organisation que le projet pour la jeunesse « A Place Called Home » à Los Angeles, mentionné à l’été 1996 sur VIBE Online. Tous deux sont restés au stade d’annonces.

Entre tradition des Panthers et accusation de désespoir

Dans Words for My Comrades, Dean Van Nguyen analyse Tupac comme un artiste politique ancré dans la tradition des Panthers. L’essayiste John McWhorter soutenait l’inverse dans The New Republic : Tupac n’enseignerait « almost nothing but hopelessness », et ses morceaux positifs ne serviraient que d’alibis. Michael Eric Dyson avait déjà devancé ces critiques : quiconque ne tolère qu’une vision « positive » saisit aussi peu l’ampleur de la culture noire que ceux qui ne célèbrent que les proxénètes et les thugs.

Une distinction demeure primordiale : les affirmations actuelles du type « Tupac avait mis en garde contre l’homme politique X » ne reposent sur aucun fait vérifiable. Seul ce qu’il a exprimé de son vivant est documenté. La façon dont il se positionnerait face aux évolutions postérieures à 1996 relève de la pure spéculation.

Pourquoi les slogans échouent face à la pauvreté

Il est frappant de constater à quel point Tupac se défiait des slogans simplistes. Lors de son interview de 1992 pour Right On!, il lançait aux jeunes lecteurs : « We don’t need a thousand rappers. We need 500 rappers and 500 brain people, like scientists and mathematicians. » Il ne croyait pas davantage au mot d’ordre antidrogue « Just say no » ; chacun devait prendre ses propres décisions et tirer les leçons de ses erreurs.

Auprès de Tony Patrick, il soulignait que prêcher la paix ne servait à rien tant que régnait la pauvreté ; il fallait présenter une alternative positive : « You have to offer us a positive solution. » Lors de son entretien avec Davey D en 1991, il énumérait les fléaux qui motivaient son combat : violences policières, pauvreté, chômage, écoles défaillantes, violences intestines, grossesses précoces et crack.

Ses morceaux devaient exposer le quotidien tel qu’il est et tel qu’il souhaitait qu’il soit (voir Davey D, 1991 et Tony Patrick, 1995). Ce ne sont pas des programmes de partis qui ont fait la force politique subversive de Tupac, mais ce regard sans fard sur des réalités sociales que Washington préférait occulter.

À lire également : Dan Quayle · C. Delores Tucker · 2Pacalypse Now · Affaires judiciaires

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