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Davey D rencontre le « Rebel of the Underground » (1991)
Fin 1991, peu après la bavure policière d'Oakland : Tupac parle avec Davey D de 2Pacalypse Now, Juice et ses projets pour les jeunes Noirs.
Original : « 1991 2Pac Interview » · Davey D · enregistré vers 1991 dans l’appartement de Tupac · publié sur Davey D’s Hip Hop Corner (daveyd.com)
Quand et où
Davey D était dans les années quatre-vingt-dix l’une des voix les plus importantes du hip-hop dans la Bay Area, en tant qu’animateur radio (notamment sur KMEL à San Francisco, d’où la mention dans le titre) et journaliste à la tête de sa propre newsletter. Selon ses propres mots, il connaissait Tupac depuis quelques années lorsqu’il lui rendit visite en 1991 dans son appartement de Harrison Street, à Oakland, près du lac Merritt. C’est ce qu’il raconta en 2021, en rediffusant l’enregistrement à la radio pour le 50e anniversaire de Tupac ; KPFA mit ensuite l’enregistrement en ligne. Il publia des extraits dans sa newsletter, puis la bande fut égarée. Ce n’est que des années plus tard qu’il la retrouva sur la face B d’une cassette contenant un entretien avec Shock G, alors qu’il rédigeait les liner notes d’une compilation de Digital Underground. Pour l’anniversaire de Tupac, il mit la transcription intégrale en ligne sur son site daveyd.com et annonça qu’il diffuserait la bande entière dans son émission Hard Knock Radio sur KPFA.
Davey D ne donne pas de date précise ; il date la bande de 1991. Le contenu permet de la situer : Tupac évoque la bavure policière d’Oakland du 17 octobre 1991 comme une expérience récente et parle d’une plainte qu’il vient de déposer, et selon l’introduction, 2Pacalypse Now (sorti le 12 novembre 1991) est déjà en magasin. Juice, en revanche, le public ne l’avait pas encore vu, selon Davey D ; le film sortit en salles le 17 janvier 1992. L’entretien eut donc lieu entre la mi-novembre 1991 et la mi-janvier 1992. Davey D se souvint plus tard que Tupac portait alors un pistolet chargé.
Qui était Tupac à l’époque
Tupac avait 20 ans, danseur et rappeur au sein de Digital Underground, et s’apprêtait à s’imposer comme artiste solo. Il raconta son parcours : né à New York, adolescence à Baltimore, puis Marin City et Oakland. Marin City lui avait appris à être direct : là-bas, on ne parlait pas de la pauvreté en métaphores, on l’appelait par son nom. Il avait rejoint Digital Underground par l’intermédiaire de Shock G ; il décrivait le « Shuttle » du groupe comme sa porte de sortie du ghetto.
2Pacalypse Now et la police
Il résuma le concept de son premier album en une phrase : il y était question du jeune homme noir, à une époque où le sujet commençait déjà à passer de mode dans le milieu. Interrogé sur les problèmes, il énuméra les violences policières, la pauvreté, le chômage, les écoles médiocres, la violence entre jeunes, les grossesses adolescentes et le crack. Ses morceaux montraient les deux faces : comment les choses se passaient vraiment et comment il aurait voulu qu’elles se passent.
Il décrivit longuement l’incident d’Oakland. Deux policiers l’avaient interpellé pour traversée illégale de la chaussée ; après une altercation au sujet de son nom, il s’était retrouvé en prise d’étranglement, menotté, avec une plainte pour rébellion. Tupac annonça une action en justice de dix millions de dollars et comptait utiliser l’argent notamment pour fonder un « Stop Police Brutality Center ». Il est attesté que l’affaire se conclut ultérieurement par un règlement amiable d’environ 43 000 dollars.
Juice et la Underground Railroad
Il avait obtenu son rôle dans Juice un peu par hasard, en accompagnant Money B à une audition. Il décrivait son personnage, Roland Bishop, comme un jeune homme fragile et violent, prêt à tout pour obtenir le respect. Le message du film :
« You never know what’s going on in somebody’s mind. » Tupac Shakur à Davey D, vers 1991
Pour finir, il évoqua la Underground Railroad : un projet inspiré du réseau de passeurs de Harriet Tubman, destiné à sortir de jeunes hommes du trafic de drogue pour les amener vers la musique, « fort de vingt membres » issus de Baltimore, Marin City, Oakland et New York. Le projet comprenait le groupe d’enfants Nothing Gold, qu’il produisait.
Portée
L’entretien montre Tupac avant la gloire : engagé, éveillé, débordant de projets, déjà animé par l’ambition de parler au nom de toute une génération. Davey D se souvint plus tard surtout de l’intensité de la conversation. Nombre de thèmes (violences policières, responsabilité, musique comme échappatoire) traversent tous ses entretiens ultérieurs.
Pour aller plus loin : 2Pacalypse Now · Right On ! 1992
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