1996-12570 mots · 3 min
« All Eyez on Him » : l'essai de RJ Smith dans SPIN sur une star divisée
Moquerie blanche, deuil noir : en décembre 1996, RJ Smith se demande dans SPIN pourquoi Tupac touchait si différemment. Un essai lucide et incisif.
Original : « All Eyez on Him » · SPIN · RJ Smith · décembre 1996
Dans la nuit précédant la mort de Tupac, un chanteur de lounge à Las Vegas repère un jeune homme noir au crâne rasé dans le public, s’écrie « un miracle ! » et fait jouer California Love par l’orchestre. Quelques heures plus tard, Tupac est mort. Entre les moqueries de cet artiste blanc et la douleur des admirateurs noirs rassemblés devant l’hôpital réside, pour RJ Smith, le sujet même de son essai : presque aucune star de la pop n’a incarné des réalités aussi opposées pour des personnes si différentes. Il s’agit du plus long article consacré à Tupac dans les archives, et de l’un des plus intelligents.
Thug Life pour les Blancs, Exode sur le dos
Les Blancs connaissaient surtout son tatouage « Thug Life » ; presque personne ne savait qu’il portait dans le dos le verset biblique d’Exode 18,11. Des témoins comme le rappeur E-40, l’écrivain Paul Beatty et le musicien soul Swamp Dogg décrivent un homme empli de douleur et de contradictions. Beatty résume parfaitement les choses : « He’s a person you recognize. » Smith énumère les rumeurs nées après le meurtre, des affrontements entre Bloods et Crips jusqu’à « il est vivant », et démolit le clip d’I Ain’t Mad at Cha, qualifié de kitsch sentimental.
Dans l’ombre de Suge Knight : un pacte sans issue
Le dernier tiers aborde les origines et les dépendances : sa mère membre des Black Panthers, son beau-père Mutulu Shakur, son parrain Geronimo Pratt, le déménagement à Marin City en 1988 et l’addiction d’Afeni au crack. Smith rappelle Thanksgiving 1995, quand Death Row distribuait des dindes dans South Central et que Tupac se tenait dans l’ombre de Suge Knight. Sa conclusion : « His best performance was as a man who made a deal he couldn’t undo. »
Geronimo Pratt a été libéré, l’album Makaveli est sorti
Les faits rapportés par Smith sont solides, son jugement délibérément tranché. Il qualifie par exemple la technique de rap de Tupac de « lourde », un point de vue que contestent beaucoup de critiques et d’admirateurs. Plusieurs éléments ont évolué depuis : Geronimo Pratt, encore condamné à perpétuité en 1996, a été libéré en 1997 car l’accusation avait dissimulé des preuves à décharge. Mutulu Shakur, gravement malade, a été libéré sous condition en décembre 2022 et est mort en juillet 2023.
La rumeur entourant un album intitulé Makaveli était vraie pour moitié : The Don Killuminati: The 7 Day Theory est paru le 5 novembre 1996 sous ce nom, mais sa pochette arborait une scène de crucifixion peinte, et non une photo. Le constat de Smith sur les mythes apparus immédiatement après la mort de Tupac s’est confirmé : les théories affirmant qu’« il est vivant » persistent avec ténacité, bien que l’autopsie et les enquêtes soient formelles.
La mère a surmonté son addiction et géré l’œuvre
Les passages sur Afeni Shakur méritent d’être complétés : elle avait surmonté son addiction au début des années 1990, ce pour quoi Tupac lui avait rendu hommage en 1995 dans Dear Mama. À partir de 1997, elle a géré l’œuvre de son fils jusqu’à son propre décès en 2016.