1995661 mots · 3 min
Tony Patrick : Tupac sur l'héritage des Panthers et le respect (1995)
Face au journaliste Tony Patrick, Tupac évoque sa famille Panther, le manque de respect dans le hip-hop et pourquoi la paix exige la prospérité.
Original : Entretien avec Tupac · Tony Patrick · 1995 selon les archives · média inconnu
Quand et où
La présence de Tony Patrick en tant que journaliste ayant interviewé Tupac est attestée. L’autrice Cathy Scott cite, dans son ouvrage consacré au meurtre de Tupac, une phrase que le rappeur aurait confiée « au journaliste Tony Patrick ». Plus tard, Patrick est intervenu dans la biographie vidéo Thug Immortal, où il a décrit Tupac comme une personnalité dotée d’un charisme singulier.
Le support dans lequel cet entretien a été publié demeure inconnu. Les archives le datent de 1995, sans que cela n’ait pu être formellement prouvé. Au début de l’enregistrement, Patrick indique avoir lu la biographie de Tupac afin de rédiger la chronique de son album. L’extrait ne précise pas de quel disque il s’agissait. Plusieurs passages de la discussion correspondent d’ailleurs à une période antérieure, notamment lorsque Tupac affirme qu’il vient « de tout en bas » et qu’il récolte à présent le fruit de son travail. L’année 1995 reste donc une simple mention d’archive.
Les thèmes abordés
Patrick commence par interroger Tupac sur ses origines. Tupac énumère les membres de sa famille : sa mère Afeni Shakur, membre des « Panther 21 », Mutulu Shakur, qu’il désigne ici comme son père, son parrain Geronimo Pratt ainsi que sa « tante » Assata Shakur. Mutulu était en réalité son beau-père, son père biologique étant Billy Garland, que Tupac n’a rencontré, selon ses propres dires, qu’après les tirs de novembre 1994 (VIBE Online 1996). Il affirme être issu d’une longue lignée de « soldats ».
Sur ce que sa mère lui a transmis, il explique qu’en tant qu’enfant d’une femme noire élevant seule son fils tout en militant chez les Panthers, chaque journée constituait une épreuve. Le problème ne se limitait pas aux Blancs ou aux forces de l’ordre, mais concernait la manière dont la société tout entière traitait les êtres humains, en particulier les femmes. Si les hommes pouvaient s’en sortir à la force des poings, la situation était bien plus difficile pour les femmes :
« I grew up watching that. » Tupac Shakur lors de son entretien avec Tony Patrick
Respect, violence et argent
Patrick soulève la question du manque de respect envers les femmes et des rivalités internes au milieu du rap. Tupac lui donne raison et estime que la situation est « détraquée ». C’est précisément pour cela qu’il en parle dans ses textes, afin d’ouvrir les yeux du public. Il précise néanmoins ne condamner personne en cas de dérapage : il s’agit selon lui d’un comportement acquis, « la haine engendrée par la haine ». Il affirme que la seule façon de briser cet engrenage est de trouver de l’amour en soi, et que le rap peut y contribuer.
Prêcher la paix tant que la misère persiste ne fonctionnera pas, pas plus que les campagnes simplistes sur le modèle « Just say no ». Il faut nécessairement proposer une issue positive.
« You have to offer us a positive solution. » Tupac Shakur lors de son entretien avec Tony Patrick
L’échange s’achève sur la compromission financière dans le secteur de la musique. Pour Tupac, les hommes noirs doivent d’abord réussir et gagner de l’argent. Quelqu’un qui n’a jamais rien possédé accepte ce qu’on lui tend lorsque l’abondance se présente. C’est pourquoi il refuse de blâmer les rappeurs qui cèdent aux sirènes du grand public. Il fait à ce sujet allusion à un « MC danseur », sans toutefois nommer personne. Survivre demeure, selon lui, la véritable mise à l’épreuve.
Portée
L’entretien est court et complexe à situer avec exactitude. Sur le fond, il constitue l’un des témoignages les plus limpides sur les racines de Tupac au sein du mouvement des Black Panthers et sur sa conception du rap comme reflet des rapports sociaux. L’organisme qui a diffusé cet entretien et la date précise de sa parution restent indéterminés.
Personnes dans ce texte
Afeni ShakurDr Mutulu ShakurGeronimo PrattAssata ShakurBilly Garland