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743 mots · 3 min

« Holler If Ya Hear Me » : Tupac à Broadway

La musique de Tupac à Broadway, mais pas sa biographie : après cinq semaines, « Holler If Ya Hear Me » s'arrêtait en 2014, avant un retour en 2017 à Atlanta.

Consacrer une comédie musicale à un rappeur qui jouait du Shakespeare et dansait le ballet semblait presque une évidence. Pourtant, en 2014, Holler If Ya Hear Me a choisi une autre voie : le spectacle ne raconte pas la vie de Tupac, mais utilise ses chansons au service d’une histoire fictive. À Broadway, la pièce n’a tenu que cinq semaines. Pour l’histoire culturelle de la réception de Tupac, elle n’en demeure pas moins un chapitre marquant.

Une comédie musicale juke-box avec la bénédiction d’Afeni Shakur

Le spectacle est ce que l’on appelle une comédie musicale juke-box : il puise dans des morceaux existants, avec un livret signé Todd Kreidler. Playbill décrit l’intrigue comme une histoire non biographique sur l’amitié, la famille, la vengeance, le changement et l’espoir. La mère de Tupac, Afeni Shakur, avait approuvé le projet. La comédie musicale doit son titre au single de Tupac Holler If Ya Hear Me (Single). Selon rap.de, la Tupac Amaru Shakur Foundation a précisé début mars 2012 que la pièce ne retraçait pas sa vie, mais que sa biographie n’en constituait que le point de départ.

La mise en scène a été confiée à Kenny Leon et la chorégraphie à Wayne Cilento. Le personnage principal se nomme John et sort de prison ; il est incarné par le poète et rappeur Saul Williams. Parmi les autres rôles figuraient notamment Christopher Jackson, Saycon Sengbloh, Joshua Boone, Dyllon Burnside, John Earl Jelks, Tonya Pinkins, Ben Thompson et Jahi Kearse.

Rappeurs recherchés, expérience théâtrale non exigée

Dès la fin du mois de février 2012, les auditions ont été annoncées à New York : des rappeurs âgés de 18 à 35 ans devaient se présenter, sans qu’aucune expérience théâtrale ne soit exigée. Le projet d’une création dès 2012 n’a cependant pas tenu. Ce n’est qu’à l’été 2013 qu’un atelier préparatoire de cinq semaines a vu le jour.

Fin de parcours après 38 représentations au Palace Theatre

Les avant-premières au Palace Theatre ont débuté le 2 juin 2014, suivies par la première officielle le 19 juin 2014. Le 20 juillet 2014, la pièce a été jouée pour la dernière fois, après 17 avant-premières et 38 représentations. Le producteur Eric L. Gold a mis en cause les « contraintes financières de Broadway ». Auprès de Variety, il a parlé d’une « erreur de débutant » : le capital nécessaire pour cette production de 8 millions de dollars avait été sous-estimé. Un album enregistré avec la distribution a été réalisé, mais n’a jamais été publié.

Une musique formidable, mais une intrigue prévisible

Les critiques ont été mitigées. Dans Variety, Marilyn Stasio a écrit que les fidèles se moquaient bien de l’intrigue prévisible, tant la musique était formidable. Les interprètes étaient toutefois tellement amplifiés que les paroles en devenaient à peine audibles. Surtout, l’histoire que l’on souhaitait véritablement entendre manquait : ce n’était pas la vie de Tupac qui se déroulait sur scène, mais le récit ordinaire d’un gangster sortant de prison et rattrapé par la violence de la rue. D’autres critiques ont également jugé l’intrigue convenue, tout en saluant la tentative d’élargir le format du juke-box au-delà des tubes des baby-boomers.

Cet accueil a mis en lumière un dilemme central : les textes de Tupac relèvent à la fois de la poésie et du reportage. Une intrigue inventée risque vite de leur ôter ce qui fait leur singularité.

Une deuxième tentative au True Colors Theatre

L’arrêt à Broadway n’a pourtant pas signé la fin de l’histoire. En septembre 2017, le True Colors Theatre d’Atlanta a présenté la production dans une version remaniée, à nouveau mise en scène par Kenny Leon. Rolling Stone a rapporté que le personnage principal, John, occupait davantage de place au début ; 19 comédiens participaient au spectacle et I Ain’t Mad at Cha a été avancée dans l’ordre des morceaux. Saul Williams y reprenait le rôle principal. Aucune autre représentation n’est connue à ce jour (situation en octobre 2026).

Un échec dû aux capitaux, non aux chansons

La comédie musicale constituait une tentative de porter l’œuvre de Tupac sur une grande scène sans verser dans le kitsch biographique. Sur le plan commercial, le projet a échoué en raison du marketing et du capital engagé, comme les producteurs le reconnaissent eux-mêmes, et non à cause de ses chansons. Le rapport de Tupac au théâtre ne se mesure d’ailleurs pas à Broadway, mais au fil de ses années passées à Baltimore (Poésie, Shakespeare et théâtre).

Personnes dans ce texte

Afeni ShakurSnoop Dogg