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1996583 mots · 3 min

Hot 97 : « Je suis un soldat » (1996)

Entretien radio avec Hot 97, station hip-hop de New York, en 1996 : Tupac défend sa ligne contre Bad Boy, avec des mots, pas des armes.

Original : interview radio · Hot 97 (WQHT), New York · animateur non identifié · daté de 1996 d’après les archives, date exacte inconnue

Ce que l’on sait de cet entretien

De cet entretien, seul un court extrait a été conservé, retranscrit sans date ni nom des animateurs. Le diffuseur, en revanche, est certain : Hot 97, la station new-yorkaise WQHT, était devenue au milieu des années quatre-vingt-dix l’adresse hip-hop la plus importante de la côte Est, c’est-à-dire précisément le camp avec lequel Tupac était alors en conflit. Les sujets abordés situent clairement l’extrait en 1996, dans les mois qui ont suivi sa libération de prison en octobre 1995, alors que le conflit entre Death Row et Bad Boy se jouait au grand jour. L’identité de l’interviewer et la question de savoir si l’entretien a eu lieu en studio ou par téléphone n’ont pu être établies.

Un tout autre entretien Hot 97 de la même année, celui-là documenté, a été mené par l’animatrice Angie Martinez : environ deux heures, dont seules douze minutes environ ont été diffusées (The FADER, 15 mars 2016). Rien ne permet d’établir que l’extrait conservé ici en provienne ; l’animateur et la date restent donc indéterminés.

Le contexte en 1996

Tupac était sous contrat avec Death Row, All Eyez on Me avait fait son entrée à la première place du classement Billboard en février 1996. Depuis la fusillade du Quad Studio en novembre 1994, il accusait l’entourage de The Notorious B.I.G. et de Sean « Puffy » Combs d’en avoir su plus qu’ils ne l’admettaient, ce que tous deux niaient. Au plus tard avec « Hit ‘Em Up » (juin 1996), le conflit se mua en guerre ouverte des mots.

Ce qui a été dit

Tupac décrivit son rôle par une image que l’on retrouve dans d’autres entretiens de ces mois-là :

« I’m playing a soldier, that’s all. » Tupac Shakur sur Hot 97, 1996

Il se compara à KRS-One, qui s’était un jour qualifié de « Dieu » ; lui-même ne faisait que sa part pour orienter l’évolution du hip-hop. Et cela signifiait pour lui : plus d’argent, de nouveaux sons, d’autres beats, parce que seul l’argent permet de financer des centres communautaires et des bâtiments dans les quartiers d’où viennent les artistes.

Lorsque l’animateur objecta que l’attaque et la contre-attaque ne mèneraient à rien de bon, Tupac fut catégorique. Il n’agressait personne physiquement :

« Do you see me running into Bad Boy with a gun? » Tupac Shakur sur Hot 97, 1996

À la remarque que le conflit touchait aussi des personnes non impliquées, il répondit durement. La vie est injuste ; quiconque veut gagner des millions dans le rap doit se battre comme lui. Il énuméra ce que la musique lui avait coûté : des coups de feu, la prison, des procès et des actions civiles qui lui avaient coûté des millions.

Mise en perspective

L’extrait est court, mais il montre très précisément l’attitude de Tupac dans sa dernière année de vie : il se voyait comme un guerrier dans une compétition menée à coups de disques, de chiffres de ventes et de mots, et rejetait toute responsabilité dans d’éventuelles violences. Le fait qu’il ait défendu cette position précisément sur une station new-yorkaise fait de cet entretien un document de l’escalade. Quelques mois plus tard, les deux protagonistes du conflit étaient morts, Tupac en septembre 1996, Biggie en mars 1997.

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